Marie-Anne Montchamp, députée, ancienne secrétaire d’État aux Personnes handicapées auprès du ministre de la Santé et de la Protection sociale
Une loi en 1975, une autre en 1987, d’aucuns auraient pu s’interroger sur la nécessité d’un nouveau texte, en 2005, sur « l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées »… Pourtant, un constat s’impose alors : « l’indifférence, le statu quo » demeurent présents dans la société française, envers et contre tous les textes législatifs. Malgré des années d’efforts et une véritable bonne volonté, de nombreux acteurs économiques ou politiques révèlent encore une « extraordinaire méconnaissance du sujet », parfois associée à des « images mentales très négatives » du travailleur handicapé.
« Je me suis surtout rendue compte à quel point beaucoup de gens étaient démunis face au handicap, un sujet bien lointain pour eux », se souvient Marie-Anne Montchamp. Secrétaire d’État aux Personnes handicapées auprès du ministre de la Santé et de la Protection sociale, de mars 2004 à mai 2005, elle résume ainsi la nouvelle ligne de conduite: « Il fallait que les français se bougent : cela ne pouvait plus continuer comme cela. »
Sur une volonté du président Chirac, désireux qu’on accorde une attention particulière aux personnes handicapées, un nouveau projet de loi est établi : pour leur ouvrir de nouveaux droits et « garantir leur accès à la citoyenneté ». Une formule qui résume l’ampleur de la tâche et les enjeux qu’elle représente.
Le texte de la loi de 2005 a donc cherché à « définir les points de repères essentiels pour guider l’action ». Premier d’entre eux, faire de l’accessibilité une évidence, et pas simplement pour les personnes handicapées. Un lieu accessible est un lieu amélioré pour tous et sera perçu comme « un lieu de courtoisie, de civilité et de bien vivre ». Y compris au travail. « L’accessibilité est de l’ordre de la modernité et du développement durable : une entreprise accessible est une entreprise rassurante », insiste Marie-Anne Montchamp. Ainsi être ouvert à tous devient la nouvelle norme : haro sur ceux qui ne s’y plieraient pas… Conséquence : « la charge de la preuve sera un jour inversée », prévoit Marie-Anne Montchamp. Alors qu’aujourd’hui, c’est au travailleur handicapé de se battre pour obtenir l’accessibilité, demain se sera à ceux qui l’accueillent de justifier pourquoi ils s’y prennent mal – et d’y remédier…
Par ailleurs, la loi de 2005 a voulu porter, quoique de façon sous-jacente, une « incitation collective à être attentif à la fragilité. Les personnes fragiles constituent une véritable ressource pour le pays. Elles contribuent à sa croissance, avec leurs compétences, un savoir être inédit, des stratégies alternatives de performances. Enfin, elles sont une force de travail, et l’ignorer serait un véritable gaspillage, notamment dans les métiers où les recrutements deviennent difficiles », ajoute la députée. Et pourquoi ne pas poser une autre norme : celle établissant qu’une « entreprise performante est une entreprise qui sait prendre en compte les personnes fragiles. Cela doit devenir aussi évident que la formation professionnelle ».
C’est donc avant tout sur les esprits qu’il fallait travailler. Avec un « interlocuteur indispensable », l’Agefiph. « L’Agefiph joue un rôle très significatif dans le domaine de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, et depuis longtemps maintenant. Elle a su construire une proximité avec les employeurs. Pour eux, l’Agefiph, c’est un terrain connu, familier même. Un atout. »
Pour faire passer le message, tous les interlocuteurs sont associés : les organisations syndicales, les chefs d’entreprises, les collectivités territoriales, les associations, les personnes handicapées elles-mêmes. « Il fallait créer une communauté de conviction sur l’idée que la performance est possible avec le handicap. Il n’y a pas d’antagonisme entre entreprise et handicap, de même qu’entre handicap et performance », ajoute Marie-Anne Montchamp. Poursuivant ce combat, elle a fondé en 2006 une structure « indépendante », l’agence Entreprises et Handicap, pour démontrer que l’articulation entre la stratégie de l’entreprise et sa politique sociale est « vertueuse et porteuse de performance économique ».
De fait, cette attitude positive vis-à-vis de la personne handicapée perçoit « son potentiel différencié comme un atout, si l’on est bien à son écoute ». Par exemple, l’allocation handicap ne doit pas être comprise comme un « minimum social », mais comme une compensation de ressources, respectant le « projet de vie, c’est-à-dire les choix de vie » de chaque personne.
Dernier point majeur de la loi : elle se veut une trame, une épure, laissant un avenir très ouvert. « La loi devait donner des perspectives. Il fallait que l’on puisse à la fois en avoir une interprétation a minima, pour sa mise en œuvre dans un premier temps. Mais aussi que des développements restent possibles, pour demain : comme une maison bien construite, à laquelle on peut ajouter un étage, une annexe… et même en adapter l’usage, si on le veut », explique Marie-Anne Montchamp. Reste alors à la faire vivre et à la faire évoluer…
Extrait du livre Vingt ans d’engagement, vingt ans d’action – 2007

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