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logo CGT« Prenez quelqu’un avec des lunettes, pour corriger une sévère myopie. Il ne viendrait l’idée à personne de le considérer comme handicapé », remarque le conseiller CGT Gérard Fuchs, administrateur de l’Agefiph au collège des salariés. « Mais si vous lui retirez ses lunettes, il perdra bien tous ses moyens. En retrouvant ses lunettes, son déficit fonctionnel qu’est la myopie ne disparaît pas mais il recouvre ses capacités. Cela illustre la subjectivité de la perception du handicap, variable selon la société. »

Pour la CGT, c’est un principe essentiel : le handicap n’est pas créé par la déficience mais par la société, qui est construite par et pour les valides. Ouvrir l’emploi pour tous, personnes handicapées comprises, suppose une accessibilité maximale. « Car c’est l’accès aux aménagements et à la compensation qui va gommer le handicap au point qu’on l’oublie. Ou au contraire le révéler, en cas d’inadaptation… »

La distinction s’avère lourde de conséquences et soulève l’enjeu de la définition même du handicap. Doit-il se confondre avec le déficit fonctionnel ? Sa prise en charge se rattache alors à la personne et relève de l’aide sociale. Défini en revanche comme une absence de compensation, c’est la société qui devient responsable, avec des implications légales qui touchent aux droits de la personne. L’article L.230.2 du Code du travail par exemple, souligne Gérard Fuchs, impose à l’employeur d’adapter le travail à l’homme. Le L.241.10-1 le conforte et habilite le médecin du travail à faire toute proposition, à tout moment, d’aménagement de poste du salarié en fonction de son usure, de son âge, de ses pathologies éventuellement acquises. « Si ces articles étaient effectivement appliqués, aurait-on besoin d’une législation particulière ? Les travailleurs handicapés existeraient-ils encore ? Je n’ai jamais eu de réponses satisfaisantes à ces interrogations », constate-t-il.

Le maintien dans l’emploi est l’une des priorités de la CGT. « Comment être crédible pour faire embaucher des personnes handicapées si nous laissons partir des camarades de travail simplement parce qu’ils sont inaptes à leur poste ? » demande Gérard Fuchs. Dans des structures industrielles, « le travail à la chaîne fabrique des salariés atteints de troubles musculo-squelettiques. » Un fait, selon lui, révélateur des conditions de travail. Voire d’une faute inexcusable de l’employeur. Car celui-ci est tenu à une obligation de réussite de sécurité. « Si l’aménagement avait été fait auparavant, aurions-nous ces indices d’une usure au travail ? Sommes-nous dans la réparation, la prévention, ou l’amélioration de productivité ? Un bon nombre de dossiers soumis à l’Agefiph posent le problème. »

Ces logiques contradictoires, « dialectiques », n’épargnent pas l’Agefiph. Elles sont même au cœur de ses dynamiques internes de fonctionnement. Arbitrant les échanges entre le collège patronal – dont les contributions « achètent le droit de ne pas recruter de personnes handicapées », insiste le conseiller CGT – et les organisations « représentatives » composant les collèges des salariés et des associations. « Chacun a sa latitude de jugement, l’action unitaire est de soutenir l’intérêt commun, celui de la personne handicapée. »

« Sans l’intervention de l’Agefiph, beaucoup de contrats de travail auraient été rompus. C’est une évidence, reconnaît le responsable CGT. La prise en charge de l’aménagement des postes a permis des embauches. Tout comme l’aide aux jeunes pour leur premier emploi. Les dispositifs de formations, aussi, sont essentiels pour toute évolution dans l’emploi. »

Aux yeux du syndicat, la loi du 11 février 2005 représente une forte régression sociale, marquée par un désengagement de l’État et des entreprises comme l’illustre la prise en compte des contrats temporaires. « Les embauches se font de plus en plus sur des contrats précaires, CDD ou intérim. Il suffit tous les trois ans d’un contrat de six mois ou d’une commande à un CAT pour éviter la contribution majorée, dénonce Gérard Fuchs. L’évolution des conditions d’emploi ne va pas dans le sens de la pérennisation ni de l’aménagement des postes ou des horaires. Cela profite à l’employeur, mais pas au salarié. C’est assez inquiétant pour l’avenir. »


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