Unapei
Régis Devoldère, président
Gérard Joinneaux, vice-président et administrateur de l’Agefiph
CAT … Cette abréviation – aujourd’hui remplacée par celle d’ESAT – vous l’avez si fréquemment entendue. Elle fait partie du paysage, en quelque sorte. Elle décrit une réalité : ces Centres d’Aide par le Travail qui sont souvent, pour bien des personnes en situation de handicap mental, la seule porte d’entrée à un travail.
Mais d’où vient-elle ? Du sud de la France, à l’origine. C’est Régis Devoldère qui nous le rappelle. Il est le président de l’Union nationale des associations de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei) et ancien gestionnaire de CAT lui-même : « Imaginées à Carcassonne, dans les années 50, par le parent d’une personne handicapée mentale, ces institutions à vocation médico-sociale ont permis de faire la preuve d’une aptitude au travail, pourtant non reconnue jusqu’en 1975. Notre réseau en compte plus de 650. »
En milieu protégé, l’accompagnement se veut permanent. « Nos enfants ont besoin de ce soutien médico-social. Malgré leurs capacités, ils restent vulnérables », poursuit le président. La démarche d’un CAT est très différente de celle d’une entreprise classique, puisqu’elle consiste à « adapter les murs à la personne, et non la personne aux murs », selon la formule consacrée de l’Unapei. Avec un objectif : que le travail ne soit pas simplement occupationnel, mais qu’il joue un rôle structurant pour la personne.
Pour l’Unapei, un point positif de la loi de 2005 est la possibilité offerte aux entreprises de faire appel aux services d’un CAT pour satisfaire la moitié de leur obligation d’emploi. Com¬mande de fournitures, sous-traitances, mais aussi détachement d’équipe, avec des personnes handicapées intégrées à l’entreprise mais ne dépendant pas d’elle, les solutions sont variées.
Gérard Joinneaux, administrateur représentant l’Unapei au conseil de l’Agefiph, dont il est aussi vice-président, le confirme : « L’avenir est plutôt là, dans cette sous-traitance de produits et services. D’autant plus qu’en amenant des travailleurs handicapés mentaux dans l’entreprise, chacun peut constater leur compétence et cesser d’en avoir peur. »
Pour promouvoir l’offre des CAT, et permettre aux entreprises de connaître l’implantation de ses centres, l’Unapei a ainsi mis en ligne un site Internet dédié, traitant de l’actualité du secteur protégé, des différentes modalités et aides à l’embauche, et des services offerts.
Et l’Agefiph, quelle est sa place ? « Je considère que l’Agefiph est irremplaçable. C’est un excellent outil, un modèle du genre même dans sa gestion, poursuit Gérard Joinneaux. Il serait toutefois justifié que les personnes handicapées mentales en bénéficient mieux encore… »
Plusieurs conventions successives, depuis 1992, ont formalisé une collaboration active et pérenne entre l’Unapei et l’Agefiph. Chacune a donné lieu à des réalisations spécifiques. Par exemple, la cinquième, qui est en cours, a ciblé plus particulièrement les acteurs de l’insertion professionnelle et produit à leur attention guide méthodologique, journée d’échanges, ou encore enquête auprès des Cap Emploi. L’objectif général : développer toujours une « culture de l’insertion ».
Seuls 3 à 4 % des personnes en situation de handicap mental pourront aspirer à rejoindre le milieu ordinaire. Il faut deux ou trois ans d’accompagnement avant d’y parvenir, le temps d’assimiler les obligations de l’entreprise, de développer la capacité de résister aux difficultés.
« Notre premier devoir, rappelle le président de l’Unapei, est de rendre une personne handicapée mentale heureuse là où elle est. À la différence d’une personne ordinaire, elle peut l’être sans réussite sociale ou professionnelle. Mais elle est toujours digne de respect. Cela consiste à savoir l’écouter, y compris lorsqu’elle énonce des choses irrecevables, et lui expliquer ensuite pourquoi, plutôt que de l’entendre sans lui répondre. Cela suppose un changement des habitudes, de culture. Cela prend du temps aussi, mais c’est un temps utile, indispensable même. Pour un enjeu majeur, celui de la dignité. »

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