APF
Marie-Sophie Desaulle, présidente sortante
« L’Agefiph est une idée absolument extraordinaire, fondée sur des principes innovants et, en plus, toujours d’actualité ! » estime Marie-Sophie Desaulle, présidente de l’Association des paralysés de France entre 2000 et 2007 et nouvelle directrice de l’Agence régionale de l’hospitalisation en Poitou-Charentes.
Une modernité due, tout d’abord, au principe de participation, sur lequel se fonde l’obligation d’emploi des personnes handicapées. Il s’agit « d’un chemin original entre la sanction et l’incitation. La contribution financière de ceux qui ne veulent pas faire, aide ceux qui désirent s’engager ».
Deuxième innovation : la gouvernance. Dès sa création, en 1987, l’Agefiph est envisagée comme un organisme tripartite, avec trois collèges, pour les employeurs, les salariés et les associations. « Maintenant, c’est devenu relativement habituel, mais il s’agissait à l’époque, sur un sujet de cette importance, d’une grande première : reconnaître enfin officiellement la place des personnes directement concernées. » Avec un regret. Marie-Sophie Desaulle déplore que, jusqu’à présent, l’alternance ne s’organise qu’entre collège des employeurs et collège des salariés. « Cette conception du partage du pouvoir va à l’encontre des textes, et est relativement symbolique de la seconde place que l’on donne encore aux premiers concernés. »
Autre réussite, en demi-teinte celle-ci, la mécanique de collecte de l’Agefiph et la gestion de fonds importants. « Car, finalement, cela signifie aussi que beaucoup d’entreprises préfèrent participer en payant plutôt que d’employer des personnes handicapées », mesure Marie-Sophie Desaulle. « Ce constat de situation, il ne faut ni s’en réjouir ni s’en satisfaire. On doit en revanche reconnaître que l’Agefiph a globalement utilisé avec intelligence les crédits collectés, privilégiant la sensibilisation et l’adaptation de l’environnement de travail. »
Informer, sensibiliser… Ces leviers sont essentiels pour faciliter l’accès à l’emploi. « Objectivement, la question du regard que l’on porte sur une personne, cela ne se décrète pas. Le fond du problème est culturel. Comment vaincre cette peur que provoque l’éventualité d’employer une personne handicapée ? » questionne Marie Sophie Desaulle.
Plus que le quota en lui-même – « d’ailleurs, les 6 % ne sont peut-être pas atteignables » –, l’APF préfère retenir un indicateur par rapport à la population de référence, celle des valides : la discrimination à l’embauche. « Même si on signe des CDI ou des CDD pour des salariés handicapés, l’objectif de base de supprimer cette discrimination n’est pas encore atteint. Il ne s’agit pas du tout de remettre en cause l’action de l’Agefiph, mais cela permet d’apprécier autrement le travail qui reste à faire. » D’où l’importance de susciter ce changement culturel en s’adressant aux décideurs, au recruteur, à la communauté de travail, d’engager tout une logique d’accompagnement qui valorise les bonnes pratiques, et surtout, « reconnaisse les difficultés ».
« Il y a une logique de cumuls quand le handicap n’est pas correctement pris en compte », signale Marie-Sophie Desaulle, également membre de l’Observatoire de la Parité. « La situation de handicap ou de discrimination n’est pas forcément liée à la lourdeur du handicap. Elle peut aussi être sociale et s’ajouter au handicap d’origine. Dans une société de pleine citoyenneté, accueillante, chacun devrait trouver un emploi. Est-ce dans ces conditions la personne handicapée qui est handicapée ? Ou la société qui est handicapante ? »
L’accès à l’emploi et l’adaptation de l’entreprise ne sont que des cas particuliers de que ce que l’APF appelle « l’accès à tout, pour tous ». Un véritable credo, présent dans la nouvelle loi. Et l’un des deux piliers – avec la compensation – de cette pleine citoyenneté. Comment une société s’organise pour être accueillante à la différence ? Comment vivre au quotidien avec telle aide technique ou humaine ?
« La compensation est individuelle, l’accès à tout pour tous universel et collectif, précise Marie-Sophie Desaulle. La société et l’entreprise doivent permettre l’accès à un droit fondamental qui est le droit au travail. Chaque travailleur est une personne. C’est pourquoi pour nous, pour moi, l’Agefiph rejoint cette dynamique de l’accès à tout, pour tous. En amenant chacun à penser aux personnes handicapées, tout simplement ».

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