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L’appel de la scène

Le régisseur a frappé les trois coups. Lever de rideau. Christine Réfuveille est sur scène. Seule. Elle « joue une grand-mère qui attend son petit-fils sur le quai de la gare. Les minutes passent… Et soudain, la grand-mère laisse libre cours à ses pensées : sur la guerre, sa vie, ses angoisses. Ce n’est qu’à la fin de l’acte que l’on comprend que son petit-fils l’attendait, en effet. Mais ailleurs… »

C’est la première fois que Christine joue un monologue. La première fois qu’elle prend conscience que le public, silencieux, occupe le lieu dont elle a pris possession. Qu’il est suspendu à ses lèvres. Son professeur le lui avait bien répété : « jouer avec plaisir, en s’amusant : voilà le secret ». Alors elle donne tout à la scène, au personnage, au public. En entendant les applaudissements, Christine sait qu’elle est « reconnue, enfin, en tant que personne… ». Elle s’arrête, sourit intérieurement. À trente-deux ans, c’est une renaissance. La voilà plus sûre d’elle, plus rayonnante que jamais. Car elle sait ce qu’elle veut réaliser. Mais aussi ce qu’elle ne veut plus !

À commencer par les milieux spécialisés qu’elle a longtemps côtoyés. Scolarisée dans un établissement pour personnes handicapées à l’âge de onze ans, parce qu’elle est « mal voyante », Christine y reste pendant neuf années. Et n’en sort que « parce que l’école ne proposait pas de cursus scientifique » et qu’elle veut, à l’époque, devenir « prof de maths ». En sortant de ce « milieu confiné » et en entrant dans une école « ordinaire », elle se sent perdue : « L’école spécialisée nous maintenait dans une bulle. Sortie de là, je n’avais plus de repères, plus de code. J’avais l’impression que je n’étais pas une personne. Je portais, plus que jamais, le masque d’une handicapée ». Elle termine une formation au secrétariat, puis se lance dans des stages en entreprises. Mais ne comprend pas que « tout le monde décidait, à ma place, de ce que je pouvais ou ne pouvais pas faire ! ».

Christine va alors se lancer dans le théâtre et y trouver sa voie : « Je pensais que le théâtre m’aiderait à me mettre à nu, à révéler ma vraie nature… » Elle veut apprendre. Elle se joint alors à une école de théâtre que l’Agefiph accompagne dans son action. Comédiens valides et handicapés y apprennent à accepter la différence, mais aussi à la travailler et à la valoriser pour montrer que handicap peut tout à fait rimer avec réussite. Une école créée par un homme valide, comédien, professeur d’art dramatique, Pascal Parsat, qui exprime là son engagement solidaire, son refus de tout ghetto, de toute forme de rejet.

Christine entame un cycle de trois années d’apprentissage au théâtre et progresse vite. Très vite. La réalité la fait grandir. Elle est enfin « quelqu’un qui vaut quelque chose ». Et se sent « libérée » parce qu’elle est traitée comme n’importe qui. L’Agefiph aurait pu lui financer ses cours, mais là encore, elle choisit de dire « non » : « Je voulais payer ma formation au même titre que tout le monde. Si j’avais été aidée, je me serais sentie favorisée. » La scène révèle une nouvelle Christine : « Lors d’un spectacle, je me suis mise en maillot de bain, j’ai dû charmer un homme que j’étais allée chercher dans le public, et l’allonger par terre… je n’aurais jamais pu faire tout cela dans la vie réelle. »

Puis, en 2006, au regard de ses compétences, de sa motivation dans le domaine du théâtre, Christine est engagée par une association pour travailler au développement d’un Fonds théâtral sonore. L’Agefiph va alors aider à structurer cette embauche et à aménager le poste aux besoins spécifiques de Christine – ordinateur à synthèse vocale, agrandisseur, logiciels. L’objectif de ce Fonds ? Rendre les outils d’information, de formation, les écrits et ouvrages de théâtre accessibles à ceux qui ne peuvent pas ou plus lire. Un « vrai plaisir », pour Christine. Pourtant, elle va répondre à nouveau à l’appel de la scène et démarrer des projets d’écriture. Dès septembre, elle jouera au sein d’une équipe de professionnels – dont son professeur qui a également adapté le texte – dans une adaptation de Vol de nuit de Saint-Exupéry.


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